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Temps de lecture : 8 minutes

Marie Prévost, passionnée par la voix et fondatrice de Voice Addict, a accepté une interview

Marie Prévost est directrice de production audio. Nous avons eu le plaisir de collaborer avec elle pour divers projets de vidéos en motion design. Sa passion pour la voix off est communicative !
En 2021, avec deux collaborateurs issus de l’univers de la voix, de l’image et du théâtre, elle fonde Voice Addict, un studio d’enregistrement. Marie est intarissable sur les qualités des comédiens : quels profils voix off pour de l’institutionnel, du voice over, du e‑learning, etc.
Ce n’est pas elle qui a choisi le nom Voice Addict, mais il lui va très bien 😉 

Nous avons interviewé Marie pour mieux comprendre son parcours et sa passion.

“La voix off est partout, mais les gens ne s’en rendent pas compte !” 

La voix off est partout

Quand je parle de mon métier, les gens ne savent pas ce que je fais. Je dis : « Je fais de la production audio, de la voix principalement. ». Parfois, je leur explique : « Quand tu prends le métro, il y a une voix qui t’indique la station de métro. Quand tu regardes une publicité, il y a une voix qui te parle pour t’expliquer le produit. Quand tu vas dans un musée, tu as un audioguide. »

En fait, la voix off est partout, mais les gens ne s’en rendent pas compte !

Ce qu’elle préfère

Le casting ! C’est mon moment préféré.
Tu as projet. Ton client t’a briefé : ce qu’il veut faire, ses attentes. Tu lui poses des questions pour savoir dans quel sens aller pour le rythme, l’intonation. Est-ce qu’il veut une voix féminine ou masculine ? Parfois il ne sait pas du tout. On essaie alors de réduire l’entonnoir pour faire des propositions avec différents échantillons. Il faut faire attention parce qu’on pourrait être tenté d’envoyer une voix avec un seul échantillon. En fait, si on fait ça, le client va écouter la musique, le rythme, la thématique… et il va réagir par rapport à ça, et pas forcément par rapport à la voix.
C’est pour ça que j’aime bien envoyer au moins deux échantillons par comédien (pas plus sinon on noie le client). Comme ça il a une idée des possibilités de chaque comédien (émotion, rythme, tessiture, etc.).

Ses débuts à la radio

Je n’aimais pas trop l’école… J’ai commencé à faire un peu de musique, de chant. J’écoutais beaucoup la radio, beaucoup de musique.
J’étais intéressée par le fait de travailler pour la radio, de passer les disques, etc. Et j’ai un ami qui venait d’être embauché dans une radio locale et il cherchait quelqu’un pour des remplacements de temps en temps.
Donc j’ai commencé comme ça, en radio et… j’ai adoré ! J’ai commencé à apprendre à mixer, à enchaîner des disques, à faire des montages sur les bandes, sur les gros Revox de l’époque.

Après j’ai été assistante d’antenne chez Chérie FM. Je faisais le standard, la technique : diffusion de musiques, préparation des spots pubs… À l’époque, c’était plus des disques. Au départ, j’ai commencé à mixer avec des disques et à faire du montage sur des bandes. Là-bas, c’était des cartouches audio TC8. On les enclenche dans un mangeur, et quand on appuie sur la cartouche, elle se lance automatiquement.

J’ai sympathisé avec un ingénieur son, qui était sur NRJ, et qui ne faisait que du montage pub. J’ai vraiment appris à découper des respirations, des choses beaucoup plus précises que ce que je faisais avant.

Je suis partie de Chérie FM et je me suis retrouvée chez RFM. Là j’ai rencontré pas mal de personnalités. À l’époque, il y avait De Caunes, Karl Zéro, Eddy Mitchell… Donc j’enregistrais toutes les émissions avec les ingénieurs du son. Il y avait une super ambiance ! Ça a duré deux ans.
La radio, c’est quand même très fragile. Il y a beaucoup de gens qui passent, qui viennent, qui repartent… Mais on rencontre plein de monde !

L’école de son et lumière puis le théâtre

Après ça, j’étais bien campée dans la technique. J’aimais bien ça.
Donc j’ai fait une école de son et lumière. Et là, j’ai eu la révélation pour la lumière ! Bizarrement, je n’ai pas accroché sur le son ! ! Dès que c’est trop théorique, je décroche. Il faut toujours qu’il y ait du concret.
Il fallait faire des stages, donc j’ai travaillé dans des théâtres.
À un moment donné, il y a une troupe, au Théâtre de la Tempête, avec laquelle j’ai bien accroché. Ils m’ont embauchée pour faire un spectacle. Je faisais la régie son et la régie lumière. Toute l’équipe de régisseurs lumière m’a formée en accéléré. J’avais déjà vu pas mal de choses à l’école mais ils m’ont boostée là-dessus. Donc j’ai fait tout le spectacle ! C’était super chaud : tu lances un son et en même temps tu as une lumière qui descend. Donc tu lances le son et tu cours… Il faut que tu connaisses la pièce presque par cœur.
Donc c’était rock’n’roll ! Et très sympa, avec les comédiens, les techniciens… toute la troupe.

Ceci dit, le théâtre, c’est bien… mais ça ne nourrit pas ! (Rires)

L’univers de la téléphonie et les premiers coups de cœur pour des voix off

J’ai vu une annonce avec un studio qui recherchait un ingénieur du son pour faire de la téléphonie. Je ne savais pas ce que c’était.
Ils faisaient de l’enregistrement voix, mixé sur de la musique, à destination des lignes téléphoniques. « Ne quittez pas ! » et tout ce genre de messages. Je ne connaissais absolument pas cet univers-là. J’ai trouvé ça drôle, et ça me faisait un vrai job, qui était rémunéré de façon plus correcte, moins ponctuelle.

À l’époque, l’attente téléphonique, c’était beaucoup de musique classique. Je connaissais un peu mais pas plus que ça, donc j’ai développé toute ma culture en musique classique (rires) !
Il y avait bien sûr le Printemps de Vivaldi mais… on n’en pouvait plus ! Donc j’ai découvert pleins d’autres compositeurs : Dvořák, Bach… Comme à l’époque c’était encore sur vinyle, j’avais un album complet donc, pendant mes pauses : j’écoutais tout ! C’était enrichissant.

Ensuite, j’ai été dans un autre studio qui faisait de la téléphonie et de l’habillage vidéo. J’ai donc vu un peu ce qu’était l’image, mais de loin. La partie téléphonie était plus intéressante dans ce studio car j’avais un regard sur le rédactionnel, et je travaillais avec des comédiennes plus aguerries, qui venaient de FIP.

J’ai vu comment la voix fait travailler ton cerveau ! Malgré toi, tu as une représentation physique de quelqu’un, quand tu écoutes une voix.
J’ai travaillé pendant pas mal de temps pour ce studio.
Et je faisais toujours des choses pour le théâtre parce que j’avais le studio à disposition. Donc j’ai fait beaucoup de montages de bandes-son de théâtre. Et ça, c’était super sympa ! Et tout ça, c’était encore sur les bandes magnétiques.

L’apprentissage sur le tas

C’est du temps, de la répétition, de l’écoute. Il n’y a rien de compliqué. Ça te permet de développer ton oreille, d’entendre toutes les imperfections, toutes les choses que tu peux, ou que tu ne peux pas, enlever ou modifier. C’est de l’artisanat.

Ensuite, l’ordinateur est arrivé. On m’a dit : « On va faire une séance d’enregistrement avec ça. ». La première fois, c’était de la magie pour moi ! Et faire du montage là-dessus, c’était la révolution !

Il y a aussi un temps d’apprentissage. Ça perturbe un peu au début. Mais tu vois comment tu gagnes du temps ! Tu n’es plus avec ton scotch et tes ciseaux en train de couper.
Donc j’ai commencé à travailler avec l’ordinateur et ça ouvrait encore d’autres possibilités !

Autre studio et premiers castings

Une comédienne travaillait pour un autre studio. Elle m’a dit : « Ils font de la téléphonie, mais ils font aussi des choses plus pointues avec de la recherche, du rédactionnel. ».
Au lieu de messages comme « Ne quittez pas ! », on pouvait parler d’un produit, ou d’une promotion, de l’activité de l’entreprise… Bref, on pouvait rendre le temps d’attente moins passif. Du coup, il y avait une relation qui se créait avec le client qui diffusait une information tous les mois, ou toutes les semaines.

Il y avait aussi du travail pour les musées. C’était sympa parce qu’on parlait des expositions à venir.
Je participais à l’élaboration des textes parce que j’aimais bien ça. Il y avait des commerciaux qui s’occupaient vraiment du commercial, et moi je faisais la partie technique, l’enregistrement, la recherche de comédiens pour trouver les voix qui allaient avec les projets qu’on enregistrait.

J’ai aussi travaillé pour une entreprise qui faisait essentiellement du SVI (Serveur Vocal Interactif). Là, c’était tous les jeux concours, le loto, les consultations de comptes bancaires (« Si vous voulez connaître le solde de votre compte, tapez 1 »).

J’ai bien aimé parce qu’on créait l’arborescence vocale. Les clients pensaient pouvoir la faire eux-mêmes, mais… c’était souvent catastrophique !
On leur expliquait par exemple qu’il fallait éviter de proposer une multitude de choix. Ensuite, pour chaque choix, le service est toujours à indiquer en premier, puis le numéro.
On préparait donc toutes les étapes, toute l’arborescence, et on faisait des propositions de rédactionnel, avec des phrases courtes.

L’envie de projets plus variés

Le motion design commençait à se développer.
Personne ne savait ce que c’était mais je commençais à en voir de plus en plus. J’avais un ami musicien qui a commencé à travailler pour ce type de prestations. Je me suis alors lancée à mon compte et j’ai collaboré avec lui. J’ai pris alors du temps pour écouter beaucoup de comédiens sur le net, sur des plateformes de voix.

Il y en a que je connaissais depuis longtemps. Il y en a que je n’osais pas appeler parce que je les trouvais trop chouettes ! Moi, je faisais juste mes petits motion… Et il y en a que j’osais appeler, avec lesquels j’ai eu le plaisir de travailler.
Parallèlement à ça, j’ai été contactée pour m’occuper du démarrage d’une start up qui se lançait dans le livre audio. On publiait des œuvres en multimédia (oral, écrit, photos) : des poèmes, BD, romans et séries sous forme d’épisodes.
J’étais en charge de recruter les comédiens voix off et d’assurer la direction artistique. Je veillais aussi à la conformité des fichiers pour leur diffusion sur le web et l’application. Et je faisais de la veille sur la partie éditoriale. Cette expérience a été très enrichissante car pleine de rencontres artistiques (auteurs, comédiens, photographes).

Je louais donc des studios pour enregistrer tous ces projets.

À force d’aller dans des studios différents, j’ai appris que l’un d’entre cherchait un ou une responsable de production. J’ai dit que j’avais ma boîte mais que j’étais disponible pour ça.
J’ai été embauchée et là, j’ai collaboré avec tous les comédiens que j’avais repérés précédemment sur des castings ! C’était super !
J’y ai travaillé pendant deux ans et demi. La diversité des projets était incroyable. Il y avait de tout : film institutionnel, motion, téléphonie, audiodescription, documentaire, fiction audio, narration pour la jeunesse… C’était hyper riche, hyper dense, hyper intéressant.

Voice Addict

Au fil de mes rencontres, j’ai décidé de me lancer avec un associé. On a pris un local et fait des travaux pour créer un studio selon nos envies. Pleins d’ingénieurs du son nous ont donné un coup de main, chacun avec son oreille et son approche. Ils nous ont aidés pour la cabine son et le matériel à privilégier.
Très vite, un autre associé nous a rejoint dans l’aventure.

J’ai besoin d’avoir un champ d’action pour ne pas m’ennuyer et, avec les voix, je suis comblée ! Le champ d’action en matière de voix est hyper ouvert.

Souvent, les studios connaissent un cercle de comédiens. Ils les trouvent efficaces, ils savent qu’ils vont bien moduler… donc ils prennent souvent les mêmes. Et ils ne créent pas forcément de lien avec de nouveaux comédiens, ils n’ouvrent pas suffisamment leurs oreilles à de nouvelles possibilités.

Certains clients veulent une voix précise et nous, chez Voice Addict, avec tous les comédiens que l’on connaît, et notre expérience par rapport au sujet qu’ils vont aborder, on peut les aiguiller sur telle ou telle voix qui serait plus pertinente pour leur projet. 
Ça ne tient parfois qu’à de simples intonations ou respirations que les comédiens peuvent donner, et qui génèrent un autre ressenti.

enregistrement voix

Nous remercions vivement Marie de nous avoir accordé cette interview, dans les nouveaux locaux de Voice Addict 😊
Nous avons hâte de collaborer à nouveau avec elle cet automne à la faveur d’une nouvelle série de 6 vidéos explicatives en motion design, avec voix off bien sûr 😉

Johanna Boulanger-Laforge

Co-fondatrice de KUSUDAMA & docteure en sciences de l'éducation, Johanna est passionnée par la pédagogie et les apports des sciences cognitives.